La Société historique francophone de l’Alberta

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L'Association des éducateurs bilingues de l'Alberta (AEBA)

L’AIBA fondé en 1926 disparaît au fil des ans et est remplacée par l’Association des éducateurs bilingues de l’Alberta (AEBA) en 1946. Tout comme l'association qui l'a précédée, l'AEBA réunit les professeurs laïques et religieux. Et puis ils ont du pain sur la planche car il y a 37 écoles bilingues, 300 enseignants et 6 000 élèves dans 240 classes. Pendant seize ans, le président de l’AEBA sera Maurice Lavallée. Ils sera remplacé par Gérard Moquin de Bonnyville en 1962.

En 1958, l’association se compose de 5 groupes régionaux : le Cercle Lacombe (région d’Edmonton), le Cercle Langlois (région de la Rivière-la-Paix), le Cercle Le Clainche (région de Saint-Paul) le Cercle Pie XI (région de Bonnyville) et le Cercle Pie XII dans la région de Plamondon. Les enseignants de chaque région se réunissent une fois par mois pour entendre des conférences pédagogiques et se communiquer les résultats de leurs expériences personnelles dans l’application de certaines méthodes d’enseignement. Les commissaires de la région sont souvent présents lors de ces réunions.

Bien que la loi permette l’enseignement du français et de la religion, le ministère ne s’occupe pas de la programmation ou du choix de manuels scolaires pour l'enseignement de ces deux matières. Ainsi, pendant plus de trente ans c’est l’AEBA qui voit au développement du programme des cours de français et de religion. Chaque année le comité du programme de catéchisme et de français de l’AEBA apporte les changements nécessaires et voit aux mises à jour qui s’imposent. Les membres du comité choisissent aussi les manuels scolaires et offrent des suggestions pratiques tant qu’à leur usage.

À compter de 1946, l’AEBA s’occupe aussi de la formation des enseignants. Ainsi en juillet 1951, environ 90 professeurs bilingues de l’Alberta et de la Saskatchewan assistent aux cours d’été de l’AEBA offerts au Collège Saint-Jean. L’année précédente, l’AEBA avait organisé trois semaines de cours d’été et les cours avaient remporté un succès qui dépassait toutes les espérances. Environ 125 membres de tous les coins de la province et même quelques–uns du Manitoba et des États-Unis s’étaient inscrits. En plus des cours d’été et des réunions mensuelles, l’AEBA organise aussi des instituts Ainsi, en février 1961, on rapporte que l’institut de français qui a lieu à Bonnyville regroupe 145 professeurs bilingues. Pour les professeurs qui n’enseignent pas le français on a organisé une journée catéchistique.

Les festivals de fierté française mieux connus sous le nom de Festival de la chanson française sont une des grandes activités culturelles organisées par l’AEBA. Le premier festival français a lieu en 1947. L’organisation de ces festivals n’est pas une petite tâche car chaque festival régional est précédé de festivals locaux où tous les jeunes sont invités à chanter et où les meilleurs chants présentés sont choisis pour être présentés au festival régional.

Chaque année de tels festivals ont lieu partout en province. En 1956, le festival de Falher regroupe les étudiants des écoles de Donnelly, d’Eaglesham, de Falher, de Girouxville, de Guy, de McLennan, de Spirit River, de Saint-Isidore et de Tangent. Jean-Côté n’y est pas car ils n’ont pas pu obtenir les services d’autobus de la division de High Prairie. En 1957, le festival d’Edmonton a lieu à l’auditorium de l’école Saint-Joseph et regroupe plus de 300 spectateurs.

L’AEBA s’occupe aussi des fameux concours de religion et de français. Lors d’une causerie diffusée sur les ondes de CHFA en 1955, Maurice Lavallée, le grand responsable du concours de français depuis de nombreuses années, explique ce que représente l’organisation d’un tel concours.

Tout d’abord disons qu’il y a tout près de 4 500 élèves qui prennent part à ce concours. L’examen compte cinq sujets différents : grammaire, composition, littérature, histoire et dictée… Lorsque l’examen est terminé, les milliers de copies que représentent les examens de nos jeunes prennent tous la direction du Secrétariat des Concours. De tous ces colis que nous recevons, il faut en extraire les copies et les classifier selon le sujet qu’elles représentent. Ce classement terminé, les copies sont envoyées à un comité de correcteurs et de correctrices qui s’imposent la lourde tâche de les corriger…

Les résultats de l’examen et de français et de religion sont publiés dans le journal La Survivance chaque année  ainsi que la liste des lauréats car le concours offre des prix aux élèves qui obtiennent les meilleures notes. Par exemple, en 1955, une bourse de 100 $ est offerte par Son Éminence le Cardinal Paul-Émile Léger, archevêque de Montréal; une bourse de 60 $ est offerte par Son éminence Mgr Maurice Roy archevêque de Québec et une bourse de 40 $ est offerte par Son excellence Mgr Lussier, évêque de Saint-Paul. Plusieurs particuliers offrent aussi des prix. En 1956, environ 800 volumes ont été décernés comme prix aux lauréats de chacun des ‘grades’ de chacune des écoles bilingues. Sur ce nombre, 502 donateurs sont de la province de Québec et 64 sont de l’Alberta.

En 1956, 3 915 élèves ont subit l’examen de français et ces élèves se répartissent entre les 67 de la 12e année et les 664 élèves de la 3e année. Certains examens sont aussi préparés pour les élèves de la 1e et de la 2e année mais ne sont pas calculés dans les totaux cités. En 1959, 5 000 élèves ont participé au concours de français et 6 000 étudiants ont participé aux trois concours de catéchisme pendant l’année.

En 1972, 700 élèves participent au dernier concours. L'AEBA se propose de remplacer le concours par une journée du français. Mais en fait en 1973, l'AEBA organise un concours littéraire auquel participe 725 étudiants. En 1974, 1 200 étudiants participent aux concours littéraire de l'AEBA. En 1977 le Franco-Albertain annonce les gagnants du cinquième concours.

C’est également l’AEBA qui lance l’idée de regrouper la jeunesse en 1950. Deux ans plus tard, un comité rédige une ébauche de constitution de ce qui deviendra la Relève albertaine.

En 1962, M. Laurent Beaudoin présente un projet de vacances qui suscite beaucoup d’intérêt de la part des membres de l’AEBA lors de leur réunion annuelle en octobre 1962. Il s’agit d’un voyage organisé dans l’Est pour les jeunes. C’est le début du Voyage interprovincial de l’Alberta (VIA). Deux ans plus tard, l’ACFA obtient un octroi de 2 500 $ de la part du Service du Canada français d’outre-frontières qui servira à payer une partie des dépenses du Voyage interprovincial de l’AEBA. L’année suivante une trentaine de jeunes participent à nouveau au voyage.

L’éducation française en Alberta va connaître de grands changements à la fin des années 1960. Suite aux changements à la loi scolaire de 1968 et de 1976 qui permettent l’utilisation du français comme langue d’enseignement jusqu’à 80% de la journée, un nombre toujours grandissant de jeunes élèves anglophones choisissent d’étudier en français dans les écoles bilingues de l’Alberta. Ainsi entre 1975 et 1980, le nombre d’étudiants albertains inscrits dans les programmes d’immersion et les classes francophones va doubler allant de 5 398 à 10 547.

Deux changements ont un profond impact sur le travail et l’avenir de l’AEBA. Il s'agit d'abord en 1965 de la nomination par le gouvernement provincial de M. Philip Lamoureux au poste de Coordonnateur de l’enseignement du français pour toute la province. C’est lui que doit dorénavant voir au développement des programmes de français. Deuxièmement il s'agit, en 1970, de la naissance du Conseil français, un conseil de spécialistes qui regroupe les professeurs bilingues au sein de l’ATA. L'idée est à l'étude depuis 1964. La naissance du Conseil français va mener à la dissolution subséquente de l’AEBA puisque les deux organismes poursuivent essentiellement les mêmes buts.

Il est important de se rappeler que l’AEBA et les centaines d’enseignants bénévoles qui la composaient ont assuré, pendant plus de 30 ans, le succès de l’éducation française en Alberta et sans aucun doute la survie et le développement continu de la communauté francophone en Alberta.

Sources consultées

  • ASSOCIATION CANADIENNE-FRANÇAISE DE L’ALBERTA, Almanach français de l’Alberta, Edmonton : La Survivance, 1948, 63pp.
  • ACFA ASSOCIATION CANADIENNE-FRANÇAISE DE L’ALBERTA, Almanach français de l’Alberta, Edmonton : La Survivance 1949, 62 pp.
  • ASSOCIATION CANADIENNE-FRANÇAISE DE L'ALBERTA, Compte rendu des réunions de l'Exécutif du 23 septembre 1965, 20 avril 1967, 10 décembre 1969
  • ASSOCIATION CANADIENNE-FRANÇAISE DE L'ALBERTA, Compte rendu de l'Assemblée généralle annuelle, du 8 mai 1965
  • ASSOCIATION CANADIENNE-FRANÇAISE DE L'ALBERTA, Compte rendu du Conseil général du 24 février 1973,
  • LA RELEVE ALBERTAINE, La Relève albertaine, Histoire, Nature, Organisation, (s. d.) APA 226/599.
  • LA SURVIVANCE, (Le journal) le 10 juillet 1946, le 9 mars 1949, le 13 juillet 1949, le 16 novembre 1949, le 11 juillet 1951, le 15 septembre 1961, le 4 avril 1962, le 10 octobre 1962, le 4 avril 1962, le 27 février 1963, le 8 juillet 1964, le 15 juillet 1964, le 29 septembre 1965, 16 novembre 1965, le 16 juillet 1966.
  • LE FRANCO ALBERTAIN (Le journal) du 14 janvier 1970, du 8 juillet 1970, le 3 mai 1972, du 5 septembre 1973, du 4 décembre 1975, du 9 octobre 1977, du 1er féver 1978
  • LEVASSEUR-OUIMET, France, L'association canadienne-française de l'Alberta de 1955-1961, le président général, le Juge André Déchène, Edmonton : 1996, pp.183-203 160-182
  • LEVASSEUR-OUIMET, France, Regards, paroles et gestes - En souvenir du 20e anniversaire de la Faculté Saint-Jean, Edmonton : 1997, 194 pp.
  • LEVASSEUR-OUIMET, France, Saint-Joachim, la première paroisse catholique d'Edmonton: 1899-1999, Edmonton: 1999 , 338 pp.
  • SOCIÉTÉ HISTORIQUE DE GIROUXVILLE, Histoire de Girouxville History, Girouxville, 3 Vol., 1976, 1990, 144 et 1034 pp.
  • TROTTIER, A. MUNRO, K.J., ALLAIRE G., Aspects du passé franco-albertain : témoignages et études, Salon d’histoire de la francophonie albertaine, Edmonton : 1980, 146 pp.