La Société historique francophone de l’Alberta

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L'Association des commissaires bilingues de l'Alberta

Les francophones fondent l'Association des commissaires d'écoles de langue française de l'Alberta (ACBA) en 1935. L’ACBA a pour but de

  1. permettre à tous les élèves, de parler et d’écrire le Français,
  2. promouvoir chez les instituteurs bilingues de l’Alberta les meilleures méthodes pour l’enseignement du français et de la religion,
  3. développer une mentalité vraiment canadienne, telle qu’elle ressort de l’Acte de l’Amérique Britannique du Nord et des valeurs bi-ethniques de cette Nation,
  4. convaincre les parents de la responsabilité directe qu’ils ont sur l’éducation de leurs enfants et l’administration de leurs écoles. (L.S., le 17 sept. 1958, p.1)

Le premier président est M. J.-O Pilon. Il est réélu président lors du 4e congrès annuel de l'ACBA tenu le 11 janvier 1939 et une fois de plus en 1944. Elu président en 1957, Paul Chauvet occupera le poste pendant de nombreuses années.

Pour bien comprendre l'importance du rôle des commissaires d'écoles de langue française en Alberta, il faut d'abord se rappeler que depuis 1892, l’anglais est la langue d’enseignement en Alberta mais qu'on permet un certain usage du français dans les classes primaires ainsi qu'une heure de français de la 3e à la 8e année. Toutefois, l’utilisation du français dans les classes primaires n’est pas automatique. Il faut que chaque district scolaire qui le veuille adopte annuellement la résolution à l’effet qu’un cours élémentaire de français ainsi que l’enseignement de la religion en français soit donné dans les écoles du district. Une fois élus, la responsabilité la plus importante des commissaires à l’époque est donc d’accepter la motion annuelle qualifiant de bilingue leur école et de la faire parvenir à qui de droit pour profiter de l’avantage de l’enseignement du français et de la religion. Lors d’une causerie prononcée sur les ondes de CHFA en 1955, M. J.-O Pilon, explique la situation ainsi :

Maintenant, si vous demandez l’enseignement de la religion pour vos enfants, c’est seulement les trois petits commissaires qui par résolution annuelle qui peuvent autoriser cet enseignement à vos enfants dans votre école….

Je crois que vous allez admettre avec moi, chers auditeurs, que le rôle des commissaires est de la plus grande importance, mais malheureusement trop souvent les gens se négligent et ne se déplacent pas même pour aller voter et plutôt laissent à d’autres de choisir les représentants, qui dans bien des cas ne sont pas très intéressés et peut-être pas trop sympathiques aux principes que nous parents considérons si chers pour nous-mêmes et nos enfants. (L.S., 20 avril 1955, p. 6)

Un district scolaire bilingue est donc un district où le français est enseigné selon les directives de la province. Entre 1885 et 1939, il existe 118 districts scolaires bilingues en Alberta dont 18 qui ont été inscrits avant 1905 dans 12 régions géographiques et 100 entre 1905 et 1939 dans 50 régions géographiques de la province.

En 1935, au moment de la fondation de l'ACBA, on compte environ 200 commissaires d’écoles de langue française et 95 écoles où le français est enseigné comme cours primaire et une heure par jour de la 3e à la 8e année.

Bon nombre des districts scolaires bilingues représentés par les 200 commissaires de langue française n’administrent en fait qu’une seule école. Ceci est aussi vrai partout en province faisant en sorte qu'il y ait un nombre trés élevé de petits districts scolaires. En 1929 et encore en 1936, le gouvernement albertain va chercher à les regrouper en créant des grandes divisions scolaires.

En 1929, le ministre de l’Instruction publique, l’honorable Perren Baker, dépose en chambre un projet de loi qui vise à rassembler les nombreux petits districts scolaires en vingt grands districts comprenant cent cinquante écoles chacun. Chaque division aurait à sa tête cinq commissaires élus par les délégués. À l’automne, aurait lieu une convention de la division à laquelle chaque commission aurait le droit d’envoyer un délégué. À l’assemblée annuelle des écoles rurales, les contribuables de chaque quartier éliraient le directeur qui les représenterait au bureau divisionnaire. C’est à ces cinq directeurs réunis que serait réservé le droit d’engager, de déplacer et de renvoyer les instituteurs ou institutrices de leur division.

En ce qui a trait au droit de contrôle sur l’enseignement de la religion ou de toute autre langue que l’anglais, le projet de loi ne présente rien de nouveau. Par contre, à l’article 227 on lit (traduction et majuscule de La Survivance) :

Pourvu que le bureau des commissaires d’un district vote une résolution en faveur de l’enseignement religieux, en conformité avec cette loi et en fait parvenir une copie au bureau divisionnaire, il sera du devoir de ce dernier bureau de donner à l’école de tel district un instituteur satisfaisant au Bureau des commissaires en la matière et pourvu que les commissaires locaux aient voté une résolution réclamant l’application d’un cours primaire en français en conformité avec la Loi, le Bureau divisionnaire devra EN AUTANT QUE FAIRE SE PEUT choisir et désigner à l’école de tel district un instituteur compétent pour donner cet enseignement.” (L.S.,le 14 mars 1929, p. 1)

Or, le manque de contrôle sur l’embauche des instituteurs inquiète beaucoup les francophones tout comme la clause restrictive au sujet du français, qui sera enseigné “in so far as possible.”

Les francophones ne sont pas les seuls à opposer le projet de sorte que celui-ci est mis de côté pour la session législative de 1929. En 1930, Baker dépose un projet modifié. Mais ce projet aussi est retiré pour être re-soumis, lors de la session de 1931. Les députés francophones votent alors en faveur du projet quand ils se rendent compte qu’ils ont obtenu tous les changements possibles dans les circonstances.

En 1936, le gouvernement albertain introduit à nouveau un projet de loi ayant pour but le fusionnement des districts scolaires locaux et l’adoption de soixante grandes unités scolaires centralisées. L’ACFA s’élève contre l’idée car elle craint que les représentants francophones des grandes divisions puissent souvent être renversés dans leur vote. Après trois mois de travail et de pourparler, on obtient que le gouvernement insère des clauses sauvegardant les droits des catholiques et des canadiens-français.

En 1957, le problème de la centralisation va réapparaître sous un autre visage. Il s’agit du County Act. En 1958, l’ACFA fait état de la situation dans son mémoire présenté à la Commission royale d’enquête sur l’éducation présidée par le Sénateur Cameron. Selon l’ACFA, il est de plus en plus difficile d’assurer l’enseignement de la religion et du français ainsi que de voir à l’embauche des maîtres requis pour assurer cet enseignement.

Dans un premier temps les francophones ont un accueil sympathique auprès des membres de la Commission royale d’enquête. Mais l’impression d’avoir été compris va disparaître lorsque la Commission publie son rapport. Même avant de le lire on apprend que Me John Cormack, un membre catholique de la Commission, s’est crû obligé de préparer un rapport minoritaire ce qui permet de soupçonner que les recommandations du rapport de la majorité ne sont pas très favorables en ce qui concerne les droits des francophones catholiques.

Une longue lutte est engagée entre l’ACFA et le président de l’enquête, le Sénateur Donald Cameron. En fin de compte, l’ACFA doit faire appel auprès du ministre de l’Éducation, l’honorable Aalborg, lui demandant de tenir compte des intérêts des francophones et des catholiques.

Sources consultées

  • ASSOCIATION CANADIENNE-FRANÇAISE DE L'ALBERTA, Alamanch française de l'Alberta Edmonton: La Survivance, 1948
  • ASSOCIATION CANADIENNE-FRANÇAISE DE L'ALBERTA, Compte rendu des réunions de l'Exécutif du 21 février 1934, du 5 mars 1939, du 9 septembre 1934, du 5 novembre 1944
  • LA SURVIVANCE, le 18 janvier 1939, le 15 novembre 1944, le 20 avril 1955, le 13 novembre 1957, le 17 septembre 1958
  • LEVASSEUR-OUIMET, France, L'association canadienne-française de l'Alberta de 1955-1961, le président général, le Juge André Déchène, Edmonton : 1996, pp. 204-206
  • LEVASSEUR-OUIMET, France, Saint-Joachim, la première paroisse catholique d'Edmonton: 1899-1999, Edmonton: 1999 , p. 148
  • LEVASSEUR-OUIMET, France, D'année en année de 1659 à 2000, Edmonton : Institut du patrimoine de la Faculté Saint-Jean 2003, pp. 191-192, 281, 286, 291, 318.
  • LEVASSEUR-OUIMET, France “Les débuts de l’Association canadienne-française de l’Alberta”, dans Variations sur un thème: La Francophonie albertaine dans tous ses états, sous la direction de Nathalie Kermoal, Salon d’histoire de la francophonie albertaine, Edmonton : 2003, p. 47
  • MAHÉ, Yvette, School Districts Established by French-Speaking Settlers in Alberta : 1885-1939 Volume I Identification of Bilingual School Districts, Faculté Saint-Jean, 1989 171 pp.