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Le poste CHFA de 1949 à 1974

Le poste de radio CHFA est inauguré et entre en ondes le 20 novembre 1949. CHFA, la radio française de l’Alberta, est un poste privé obtenu suite à de longues années de travail et de luttes menées par la communauté franco-albertaine. Mais la première étape étant terminée, le poste doit maintenant se doter des moyens non seulement de survivre mais de croître tout en répondant aux besoins de la communauté qui l’a créé.

Puisque CHFA est un poste privé qui doit vivre de ses propre moyens, la question du financement n’est pas, pour les premiers 25 ans de sa vie, une question facile à régler. La vente d’émissions et d’annonces demeure un des meilleurs moyens de rentabiliser le poste.

Il y a d’abord l’annonce vendue aux grandes compagnies comme le magasin de La Baie qui, à l’époque, était un excellent client. Mais l’annonce est seulement profitable en autant que les clients laissent savoir aux commerçants qu’ils ont entendu parler de leur commerce à CHFA. Selon Bernardin Gagnon, un des anciens gérants de CHFA, la force de CHFA était à l’époque la participation des gens.

On leur disait… continuellement… C’est votre poste, c’est à vous, supportez-le. Puis vous allez le supporter en autant que lorsque vous allez chez un commerçant, vous leur dites : “Je viens ici parce que j’ai entendu votre annonce à CHFA. (F. Levasseur-Ouimet, 1996, p 117)

Et les gens de la communauté répondaient à l’appel des dirigeants du poste et les commerçant n’en revenaient pas. Ils n’avaient jamais eu des résultats semblables car l’annonce à CHFA apportait toujours des clients. Les commerçants disaient : “Jamais on n’a jamais eu ça avant”. (F. Levasseur-Ouimet, 1996, p 117)

Et puis le poste a des heures commanditées par des marchands de la campagne. CHFA a donc l’heure de Saint-Paul, l’heure de Bonnyville, de Falher etc… Et pendant cette heure-là, le poste diffuse des annonces des marchands de la région ainsi que des nouvelles de l’endroit.

Il y a aussi les annonces nationales payées par les ministères fédéraux et la contribution de Radio-Canada qui paie une “location” pour la diffusion de ses émissions sur les ondes de CHFA. Il s’agit des émissions telles que “Je vous ai tant aimé” et “Un homme et son péché” mieux connue sous le nom de “Séraphin”.

Avec le temps, tous les postes francophones privés de l’Ouest vont entreprendre des démarches conjointes auprès de Radio-Canada dans le but d’obtenir des octrois annuels. Les arguments utilisés sont simples. Radio-Canada est la radio d’État et les francophones de l’Ouest ont le droit d’être desservis par leur radio d’État. Mais puisque ce sont les postes privés de l’Ouest qui font le travail, il est raisonnable que la radio d’État les rembourse. Les démarches sont fructueuses mais il ne s’agira jamais de sommes énormes. Par exemple en 1961, le Bureau des directeurs de Radio-Canada décide d’accorder à CHFA un octroi mensuel de 2 000 $.

Il est important de préciser que pendant son premier quart de siècle d’existence, CHFA se distingue particulièrement par ses émissions. Encore aujourd’hui, pour les gens de certaines générations, il suffit de mentionner le nom d’une émission pour que les gens se mettent à vous raconter tel ou tel souvenir.

Le public jeunesse sera toujours choyé par la radio de CHFA. La popularité d’une émission comme “Moi j’m’en fous” avec Roger Drolet ou encore “Salut les copains” animée par André Roy n’est pas à discuter. De plus, les émissions destinées à la jeunesse sont souvent réalisées par la jeunesse elle même. Il y aura donc “Nos écoles au micro” et “Le monde des jeunes”. Et pour les plus petits, il y a “Un quart d’heure du p’tit monde avec l’oncle Jean” et “Radio p’tits bouts d’choux.

Plusieurs des émissions les plus aimées sont créées dans les studios mêmes de CHFA. Une fois par semaine, CHFA diffuse l’émission “Chez Ti-Pit” commanditée par Gateway Building Supply. Léo Rémillard, le gérant du poste, en est l’auteur. L’émission qui se passe “chez Tit-Pit” reçoit des visiteurs, on raconte des histoires et on danse. Les anciens annonceurs de l’émission racontent que les auditeurs y croyaient tellement que lorsqu’ils venaient visiter le poste, ils demandaient de venir danser chez Ti-Pit. Or, ils étaient un peu déçus lorsqu’ils entraient dans le grand studio pour y retrouver que deux annonceurs assis devant une table tournante.

L’émission “La Chasse à l’inconnu” est à l’antenne pendant plus de dix ans. C’est le père Breton qui a inventé le jeu questionnaire auquel participent les auditeurs qui fournissent “l’inconnu” qu’un groupe de participants doit découvrir sur les ondes en moins de vingt questions.

Mais de toutes les émissions, c’est sans doute “Le Ranch 680” qui est l’émission la plus populaire. L’après-midi on joue de la musique western et CHFA ouvre les portes de ses studios aux visiteurs qui viennent parler à leur famille “sur les ondes du poste”. La communauté écoute régulièrement les émissions du matin telles que “Radio pyjama” et “Radio-Bigoudis” ainsi que les émissions du Conseil albertain de la Coopération (CAC) diffusées tous les jours : “Le réveil rural” et “Le journal agricole”.

Mais le poste est aussi reconnu dans le grand public, y compris chez les anglophones, comme étant le poste à la belle musique. On y joue de tout, de l’opéra le samedi, de la musique classique le soir et de la musique populaire des grands orchestres de Mantovani et de Michel Legrand à l’heure du souper. Il y a aussi les émissions de requêtes qui généralement reçoivent un courrier volumineux.

Mais ce sont les concours organisés pour encourager les gens d’acheter un tel produit qui reçoivent le plus grands montant de lettres.

…On avait des concours….puis on recevait des lettres. C’était incroyable! Des trois, quatre cents lettres pour un concours. Quand j’allais dans l’Est faire de la vente nationale, j’apportais ces lettres puis je disais oui on a eu un concours d’un mois et puis regardez de qu’on a reçu.” (F.Levasseur-Ouimet, 1996, p 118)

À CHFA, il y a aussi les cours de théâtre et la diffusion de pièces de théâtre interprétées par les gens du milieu. Et CHFA se rend en région pour enregistrer les soirées en Alberta. Souvent l’inauguration d’une nouvelle saison de radiodiffusion se fait en région. Et puis on diffuse des tournois de baseball et les célébrations religieuses, les grandes fêtes et la messe dominicale diffusée en directe de l’église Saint-Joachim. Et pendant de nombreuses années, le poste diffuse des émissions en d’autres langues. La communauté allemande, ukrainienne et juive ont chacune une émission hebdomadaire sur les ondes de CHFA.

Pour les auditeurs, plusieurs des annonceurs du poste sont en somme des membres de la famille. Par exemple, un Tharcis Forestier qui s’occupe à tour de rôle des informations, des sports et du Ranch 680 est un personnage recherché et apprécié dans tous les milieux. Gabriel Paradis, le discothécaire, est un homme qui connaît tellement bien la musique que tous les postes anglais de la ville le consulte.

Mais dans un poste de radio, il n’y a pas que des annonceurs. Tout un personnel de production appuie leur travail. Le secteur commercial fait le trait d’union entre le commanditaire et l’auditeur. Après que l’annonce est vendue, il faut en assurer la rédaction et la création et la traduction. Il y a ensuite les gens qui font l’accueil, les ingénieurs responsables de l’opération technique. Et pour gérer tout ce personnel, il faut un gérant. De 1949 à 1974, CHFA aura d’excellents gérants dont Romain Leclerc, Télesphore Gareau, Lionel Rémillard et Bernardin Gagnon.

Au fil des ans, le poste privé CHFA reçoit de nombreux invités de marque. La Survivance du 28 mai 1958 publie la liste des gens interviewés à l’émission “Au jour le jour”, émission qui occupe la première position lors du sondage-éclair de la Semaine de radio canadienne effectué en mai 1958. On rapporte alors que l’émission a présenté plus de 60 personnalités de marque dont Marcel Dubé, un jeune dramaturge de Montréal qui a écrit “Un simple soldat”, Gilles Lefebvre des Jeunesses musicales du Canada, John Diefenbaker, le Premier ministre du Canada, Marcel Lambert, membre du Parlement, M. l’abbé Antoine D’Eschambault, président de la Commission des sites et monuments historiques du Canada, Mgr Albert Tessier, visiteur en chef des instituts familiaux de la province de Québec etc…

Et puis CHFA est une école. Bon nombre d’annonceurs de partout au Canada viennent prendre un peu d’expérience en Alberta avant d’aller ailleurs. Or, il s’agit d’une expérience particulièrement valable puisqu’à CHFA les annonceurs font un peu de tout, ce qui leur permet de bien apprendre le métier. Bien que cet état des choses soit profitable pour les annonceurs, le va et vient du personnel a un impact réel sur la stabilité du poste.

Or, ce qui devait arriver, arrive. Bien qu’il joue un rôle des plus importants dans la vie de la communauté franco-albertaine à laquelle il appartient, CHFA ne peut tenir. L’appui des gens, la plus grande force du poste et l’effort collectif de la population francophone de l’Ouest ne peuvent résister au coûts montants et en 1974 CHFA devient la propriété de la Société Radio-Canada. Pour plusieurs, c’est un soulagement. Pour d’autres c’est une triste nouvelle car on a peur de perdre la relation privilégiée qui lie CHFA à ses auditeurs.

Le 24 janvier 1974, le poste privé de CHFA fait un dernier bilan. En 24 ans de vie, le poste a irradié un total de 148 920 heures d’émissions en langue française. Le bureau exécutif du poste a tenu 241 assemblées régulières sans compter les appels, les interventions personnelles et les visites. La station a fourni de l’emploi à 14 employés réguliers qui ont contribué 708 000 heures de travail au service de leur auditoire. CHFA a recueilli la somme de 2 182 200 $ de ventes commerciales et ce chiffre ne tient pas compte de la location de la SRC. Le poste a donné, en moyenne, 500 annonces gratuites par mois pour les associations et organisations bénévoles pour un total de 144 0000 annonces…

Sources consultées

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  • ASSOCIATION CANADIENNE-FRANÇAISE DE L’ALBERTA, Premier livre de minutes, du 13 décembre 1925 au 12 décembre 1932, Le compte rendu de la réunion du 21 octobre 1930,
  • ASSOCIATION CANADIENNE-FRANÇAISE DE L'ALBERTA, Compte rendu de la réunion du l'Exécutif du 24 fév 1937, du 18 mai 1937, du 4 juin 1944, du 5 novembre 1944, du 27 mai 1977
  • ASSOCIATION CANADIENNE-FRANÇAISE DE L'ALBERTA, Compte rendu de la réunion du Conseil général du 5 février 1972, du 13 octobre 1973, du 15 mars 1875,
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